Directeur/Editor : J.-L. Chevillard
Comité de rédaction/Associate editors : S. Archaimbault, S. Auroux, P. de Brabanter, B. Colombat, A. Garcea, S. Kessler-Mesguich, J. Lallot, J. Léon, F. Mazière, C. Puech, I. Rosier.
Comité scientifique international /International Scientific Committee : A. Ahlqvist (Galway & Helsinki), C. Chauviré (Paris),
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Comité de lecture international /International Advisory editorial board : H. Aarsleff (Princeton), J. Andresen (Durham), W. Ayres-Bennett (Cambridge), H. Brekle (Regensburg), J.-L. Chiss (Paris), G. Clérico (Rennes), D. Cram (Oxford), M. Dascal (Tel Aviv), F. Douay (Aix), D. Gambarara (Cosenza), S. Fischer (Paris), M. Glatigny (Lille), A. Grondeux (Paris), J.-P. Guillaume (Paris), J. Guilhaumou (Aix), E. Hovdhaugen (Oslo), C. Iraqi (Fès), A. Joly (Paris), K. Koerner (Berlin), P. Le Goffic (Paris), Cl. Panaccio (Trois-Rivières), J.-Cl. Pariente (Clermont-Ferrand), V. Raby (Reims), F. Rastier (Paris), D. Roulland (Rennes), R. Sarmiento (Madrid), M. Tavoni (Pise), T. Taylor (Williamsburg), C.H.M. Versteegh (Nijmegen), V. Salmon (Oxford).
Secrétaire de Rédaction : S. Hénon Documentation : E. Lazcano
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RESUME - Le principe bien connu qui veut que la fréquence de résonance d’un tube soit inversement proportionnelle à son volume, ce qui semble du reste confirmé dans la nature par les cris des animaux, de fréquence d’autant plus basse que leur dimensions sont grandes, a conforté un grand nombre de phonéticiens dans leur croyance que les fréquences des formants vocaliques étaient chacune inversement proportionnelle au volume de chaque cavité définie par l’articulation des voyelles. Le premier formant devrait donc correspondre à la cavité la plus grande, le deuxième à une cavité plus petite, etc. Les progrès de l’analyse acoustique, et en particulier du spectrographe, en ont parfois troublé certains (quelle petite cavité pouvait bien générer un formant très aigu ?), mais il a fallu attendre de nombreuses années pour que les travaux des acousticiens, qui avaient démontré dès les années 1940-50 que, en réalité, les formants résultaient de l’interaction des cavités articulatoires et non directement de leurs dimensions considérées indépendamment, finissent par avoir raison des anciennes certitudes sur l’origine des formants.
ABSTRACT - The well known fact that the resonance frequency of a tube is inversely proportional to its volume reinforced the wide-spread belief of a large number of phoneticians that vowel formant frequencies were directly linked to the volume of the cavities defined by the articulation of a vowel. The first formant should then be determined by the largest cavity, the second by the next largest, etc. The advances of acoustic phonetics, and especially the use of the spectrograph, did eventually disturb some researchers (which very small cavity would then be responsible for a high-frequency formant?), While the work of acousticians demonstrated as early as 1940-50 that formant frequencies did actually result from the interaction of articulatory cavities rather than from their dimensions, many years passed before this was considered independently and finally recognized, so that the popular belief on the origin of formant frequencies could finally be dropped.
RESUME : Dans leur article « Tenseness and Laxness », Jakobson et Halle (1962) s’affairaient à la tâche de ramener les paires chronémiques de Jones sous la forme d’une opposition phonético-phonologique de traits binaires intrinsèques tendu/lâche. Antérieu¬rement à cette publication, de tels traits s’étaient pourtant vu exclure par Jakobson, Fant et Halle (1952) de la description phonologique des voyelles de l’anglais RP. Reconnaissant ce revirement épistémo¬logique dans le développement jakobsonien de la théorie des traits distinctifs, le présent article entend montrer, au travers d’une analyse exégétique du modèle primitif de Jakobson et de ses variantes subséquentes, que l’inté¬gration de la dite opposition de tension/laxité vocalique en 1952 à la phonologie des voyelles de l’anglais RP était tout simplement incompatible avec le principe du rasoir d’Occam auquel Jakobson avait alors souscrit.
ABSTRACT : In their 1962 article “Tenseness and Laxness”, Jakobson and Halle set out to account for Jones’s set of English chronemes in terms of a phonetico-phonological opposition between intrinsic binary features of tenseness/laxness. Yet, prior to this publication, Jakobson, Fant and Halle (1952) had excluded these features from the phonology of RP English vowels. This paper acknowledges the epistemological turn in the development of Jakobson’s theory of distinctive features and argues, on the basis of an exegetic analysis of material from the earlier period of his model up to its later versions, that the integration of such features into the 1952 phonological representation of RP English vowels would have been simply incompatible with his belief, at the time, in the principle of Ockham’s razor.
RESUME : Cet article traite d’un épisode important dans l’histoire de la phonologie générative, à savoir l’abandon de l’ordonnement extrinsèque des règles. Après la publication, en 1968, du Sound Pattern of English, certains auteurs remettent en question l’une des thèses centrales du modèle ‘standard’, selon laquelle les règles phonologiques sont ordonnées strictement, et que cet ordre doit être spécifié explicitement dans chaque système phonologique. Dans un premier temps, nous passons en revue les antécédents historiques immédiats de la phonologie générative, pour passer ensuite à une analyse critique de l’argumentation qui a mené à l’abandon de l’hypothèse de l’ordonnement extrinsèque. Finalement, nous déga¬geons les enjeux plus fondamentaux derrière ce débat, qui concerne des problèmes relevant de la longue durée dans l’histoire de la phonologie (et de la linguistique en général). Nous insistons aussi particulièrement sur le volet diachronique de l’argumentation des linguistes concernés.
ABSTRACT : This article examines an important episode in the history of generative phonology, namely the abandonment of extrinsic ordering. Soon after the publication of The Sound Pattern of English (1968), several authors question one of the central tenets of the ‘standard’ model, according to which phonological rules are strictly ordered, and this order is language-specific. First, we examine the immediate historical antecedents of generative phonology. We then propose a critical analysis of the argumentation that led to the abandonment of the hypothesis of extrinsic ordering. Finally, we study the more fundamental issues behind this debate, which concerns perennial problems in the history of phonology (and of linguistics in general). We also particularly insist on the diachronic side of the arguments of the linguists involved.
RESUME : Cet article propose l’exploration de certains des problèmes posés par la notion d’unités sonores dans les descriptions phonétiques du français au 17e et au 18e s. Comment ont-elles été conçues, comment ont-elles été mises en œuvres par les auteurs ? La précision de ces descriptions conduit en effet progressivement à la nécessité d’en réguler le nombre, et de préciser les critères qui peuvent présider à cette opération. La conceptualisation de la notion d’unité sonore prend une autre dimension encore à partir de Port-Royal, puisqu’alors est posé la question de leur généralité. C’est ce que nous tentons de montrer à partir de la comparaison des classements des sons imaginés par les auteurs de cette période.
ABSTRACT : This paper deals with the construction of the concept of unit in the phonetic descriptions of French language during the 17th and 18th centuries. Increasing precision makes it necessary to regulate the number of units grammarians are able to identify. We propose an analysis of the different criteria which have been introduced during this period to solve the problem. From 1660, the question is brought under a new light by the authors of general grammars in connection with the problem of generality, as we try to show by comparing different classi¬fications of sounds proposed by the most important theoreticians of that time.
RESUME : L'idée d'un ordre fixe d'apparition des phonèmes dans le langage enfantin est très ancienne : on la trouve déjà chez Plutarque. Mais, au milieu du 18e s., Buffon ne connaît encore que trois étapes de cette progression. Jakobson débute son célèbre essai sur le sujet en en critiquant la méthode. La classification de Buffon est reprise par De Brosses dans un mémoire perdu de 1753, dont le contenu est en partie transmis par Beauzée dans l'article « Langue » de l'Encyclopédie. Mais dans le Traité de 1765 le président a recours à de nouvelles observations empiriques et propose une classification plus articulée. Celle-ci anticipe ponctuellement celle de Jakobson, et pour les résultats descriptifs, et pour l'intuition de la règle structurale. Thiébault en donnera une version simplifiée en 1802. La « linguistique primitive » de de Brosses mériterait d'être redécouverte aujourd'hui à la lumière de la linguistique cognitive.
ABSTRACT : The idea of a fixed order in the appearance of phonemes in child language is very ancient. We already find it in Plutarch. However, in the middle of the 18th century, Buffon still only knows three steps of this progression. Jakobson criticizes Buffon's method in the beginning of his famous essay on the topic. Buffon's classification is used by De Brosses in a lost essay of 1753: Beauzée gives evidence of the contents of this essay in his article ”Langue” of the Encyclopédie. But in the Traité of 1765, the president, resorting to some new empirical observations, proposes a more articulated classification. This classification anticipates in some points the one proposed by Jacobson, both in its descriptive results and in the intuition of the structural rule. In 1802 Thiébault proposes a simplified version of this classification. Today De Brosses's “primitive linguistics” deserves to be analyzed again in the light of cognitive linguistics.
RESUME : Cet article analyse les réflexions de Saussure sur la phonologie. La lecture des textes (CLG, sources et autres écrits) montrent que Saussure accordait moins d’importance aux segments phoniques en soi qu’à leurs relations dans la chaîne, surtout en termes d’alternance entre processus d’ouverture et de fermeture, fondamentaux pour la définition de la syllabe et correspondant à des mécanismes universels. Il apparaît en outre que l’opinion courante, soutenue essentiellement par Jakobson, selon laquelle une conception du phonème moderne serait présente chez Saussure, fût-ce de manière implicite, est infondée.
ABSTRACT: This paper analyses de Saussure's observations concerning phonology. By drawing on the CLG as well as on its sources and other writings, it is argued that Saussure’s emphasis was on the relationship between phonetic elements in the speech chain, rather than on the phonic substance of the minimal segment per se. In this connection, alternation between opening and closing processes proved of basic importance not only for the concept of syllable, but from the perspective of general linguistics as well. The author further suggests that it is incorrect to consider Saussure as a precursor (even implicitly) of the contemporary concept of phoneme (as Jakobson first of all did)
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