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Responsables : Jean-Michel Fortis, Jacqueline Léon ; participants : Sylvain Auroux, Danielle Candel, Béatrice Godart-Wendling, Didier Samain, Dan Savatovsky ; participants extérieurs : Marcel Cori, Monique Cormier, Sophie David, Janette Friedrich, Douglas Kibbee.Le second tiers du siècle écoulé a été assez riche en événements dans les sciences du langage pour qu'on y ait vu le début de la période contemporaine. - Alors que le courant néogrammairien produit ses derniers travaux, on songe bien sûr à ce qui va s'appeler le structuralisme et au premier congrès international des linguistes (1928). Mais c'est aussi durant cette période que paraissent plusieurs uvres qui font avec le recul figure de point de départ, en termes de méthode et de partages disciplinaires. La pragmatique avec Bühler (1934) en Allemagne, Peano et Vailati en Italie ; la première syntaxe catégorielle (Ajdukiewicz 1935) ; et, presque simultanément, l'important travail de Wüster (1932) sur la terminologie scientifique. Peu de temps après, avec l'apparition des premiers ordinateurs, débutaient les premières applications des travaux de Shannon et Weaver à la traduction automatique (1949), lesquelles ont ramené au premier plan la questions des universaux linguistiques. Notons enfin, ce qui n'est peut-être pas fortuit, que la même période a vu la naissance du CNRS en France (1939).
La signification de ces discontinuités reste toutefois à préciser car, ainsi qu'on va le voir, il arrive qu'elles tiennent moins aux questions elles-mêmes qu'à leur reformulation dans un cadre technologique (et non pas seulement technique). Cette émergence de la technologie peut être caractérisée, sans exclusive, par trois traits principaux.
1) La "scientifisation" de certains thémata philosophiques. Dès la fin du dix-neuvième siècle par exemple, le regain d'intérêt pour les langues artificielles a correspondu à un ensemble d'hypothèses fortes sur le devenir historique des langues (indo-européennes notamment), et dans ce contexte les langues intermédiaires ont quasiment fait figure de dispositifs expérimentaux illustrant une telle évolution. De même, si on peut légitimement parler d'un néo-kantisme au vingtième siècle, loin d'en appeler à un schématisme a priori, il se fondait sur des médiations culturelles, dont, bien évidemment, le langage.
2) De nouvelles difficultés largement liées au développement même des formalismes. Elles sont d'abord empiriques : les approches compositionnelles du sens, tout comme le programme syntaxique du Cercle de Vienne, ont rapidement rencontré leur limite en se heurtant à la diversité objective du réel. Et d'une certaine façon, le retour récent des méthodes probabilistes en traitement automatique des langues, rendu possible par la puissance de calcul des ordinateurs, atteste de leur échec. Elles sont aussi ontologiques, compte tenu de la nécessité, et souvent de l'impossibilité, de préciser le rapport existant entre modèle formel, hypothèse cognitive et structure linguistique. Il est significatif que ce problème ait été formulé en termes voisins par le cognitivisme naissant.
3) Enfin, et peut-être plus fondamentalement, l'intégration d'une attitude métadiscursive à l'égard des procédures elles-mêmes, dont témoigne exemplairement le développement des dictionnaires techniques et de la réflexion terminologique. Ce caractère réflexif excède la simple conscience disciplinaire, car il implique désormais un rapport tout à la fois problématisé et empirique au savoir produit, dont l'apparition d'une véritable histoire des sciences du langage doit être sans doute tenue pour un indice non négligeable.
Le programme Histoire et épistémologie des sciences du langage modernes et contemporaines se propose de préciser ces points en abordant les principaux aspects de la réflexion sur le langage au 20ème siècle. (D.S.)
(Responsable : Didier Samain. Participant extérieur : Janette Friedrich).
Traduction en cours de la Sprachtheorie (1934) du médecin, linguiste et psychologue K. Bühler (1879-1963), accompagnée d'une introduction et d'un glossaire des concepts. Née au sein de l'école de Würzburg, dans le contexte d'une critique de la psychologie wundtienne, et aujourd'hui considérée comme l'une des sources de la sémiotique, l'uvre de Bühler s'est achevée aux USA avec les débuts de la cybernétique, après avoir intégré successivement des domaines extrêmement divers. On relèvera notamment, en psychologie, les écoles de Würzbourg et la Gestalt, en "linguistique", la grammaire comparée et la phonologie pragoise, en philosophie, Husserl et le néokantisme, le Cercle de Vienne, le second Wittgenstein. Il s'agit donc de contextualiser une uvre dont certains aspects sont depuis longtemps intégrés au savoir ordinaire, au prix, précisément, d'une complète décontextualisation. Le travail doit simultanément permettre de formuler quelques questions plus générales sur le caractère cumulatif du savoir scientifique, et sur la consistance empirique des notions de paradigme et d'objet scientifique.
(Responsable : Dan Savatovsky)
Dans le prolongement du travail mené précédemment, on s'attachera aux origines de la sémantique formelle du langage ordinaire (fin XIXe-début XXe siècle) et on étudiera ce domaine d'un double point de vue : dans le contexte historique de son émergence et à la lumière des thèmes développés ultérieurement par la philosophie analytique. Ces thèmes, pour les résumer, sont ceux de la commensurabilité des théories scientifiques ; de la coextension des concepts issus de théories concurrentes ; de l'extensionnalisme comme régime d'une sémantique des énoncés scientifiques ou philosophiques, ou son contre-modèle quinien : l'indétermination de la traduction (Quine, Word and Object, 1960, chap. 2).
(Responsables : Jean-Michel Fortis, Jacqueline Léon, Dan Savatovsky)
La question des universaux sémantiques s'est posée à diverses époques et probablement dans toutes les traditions. La création de langues universelles ou de langues auxiliaires, notamment, a constitué pour des philosophes au XVIIe siècle (Descartes, Wilkins, Dalgarno, ou Leibniz, etc.) ou des linguistes au XIXe siècle, un champ d'investigation tout à fait original, malgré le peu de succès, voire l'ostracisme dont ce genre de préoccupation a été l'objet.
Dans le prolongement des travaux déjà menés sur la période 1880-1930, on s'attachera désormais à la période 1928-1950. On étudiera d'abord les débats menés sur l'adoption d'une langue auxiliaire au cours des congrès de linguistes (depuis celui de Copenhague, en 1928, jusqu'à celui de Londres, en 1950 - date après laquelle cette question n'est plus abordée). Le corpus constitué par les actes de ces congrès forme une série assez homogène et permet à ce titre d'identifier sur une vingtaine d'années les reformulations successives de la question, son détachement par rapport à la problématique comparatiste de la période précédente, sa réinscription dans des problématiques de type structural, le déplacement - s'agissant de sa pertinence même - des lignes de fracture au sein de la communauté scientifique, le mode d'intervention des représentants de différentes écoles linguistiques (parmi lesquels Jespersen, Sapir, Martinet).
L'on s'attachera d'autre part à suivre pour la même période le développement de la lexicographie spécialisée, qui participe aussi d'une " critique du langage " (Mauthner), et la constitution du mouvement terminograhique (à partir surtout des travaux de Wüster). Contemporain de l'Encyclopédie de la science unifiée (Cercle de Vienne), ce mouvement d'ensemble vise à la réforme et au développement des nomenclatures scientifiques, philosophiques ou techniques et débouche sur l'édition de dictionnaires spécialisés. On abordera les problèmes de méthode, les différentes conceptions en matière de dispositifs lexicographiques/terminographiques ou de procédures définitionnelles, les principes lexicologiques et terminologiques qui ont présidé à l'élaboration des principaux dictionnaires et on étudiera les enjeux épistémologiques de ces conceptions à la lumière du positivisme logique.
Dans les années 1950, on observe un regain d'intérêt pour les langues universelles chez les concepteurs des premières expériences de traduction automatique. On observe que c'est la traduction automatique elle-même, lorsque celle-ci se donne pour objectif de traduire entre toutes les langues, qui prend en charge la 'mission' internationale de communication et de diffusion dévolue jusqu'alors aux langues universelles.
On voit ainsi apparaître, en URSS et en Grande-Bretagne, des méthodes dites par langues intermédiaires qui renouent avec des projets de langues universelles propres à chaque tradition.
Il faudra s'interroger sur les raisons de cette apparente continuité d'intérêt pour les langues universelles à travers les siècles. Il s'agit probablement davantage de questions récurrentes sur le langage qui continuent à se poser dès lors que son traitement est confronté à des développements technologiques précis. Par ailleurs, on s'intéressera à l'histoire des primitives sémantiques, en relation avec l'histoire de l'intelligence artificielle. Ainsi, alors que les primitives sémantiques sont définies sans hypothèses cognitives dans les projets de langues universelles du 17ème , elles sont conçues dans le cadre de théories sur la mémoire dans les premiers travaux en intelligence artificielle. Enfin il s'agira d'approfondir les questions suivantes: comment l'automatisation du traitement du sens d'un texte en tant qu'accomplissement d'une tâche pratique et en tant que processus dynamique a modifié la définition de langue universelle.
La question de l'existence d'universaux linguistiques est aujourd'hui reconduite sous la forme de l'ancrage cognitif des signifiés linguistiques.
Les théories qui postulent des universaux et des primitives sémantiques doivent se confronter au problème de préciser comment une strate de représentations peut incarner la signification des énoncés de langue sans être soumise aux phénomènes qui caractérisent toute langue naturelle (ambiguïté, effets de sens contextuels, dimension implicite de l'information véhiculée etc.).
En outre, au sein même du cénacle cognitif, les postulats universalistes sont contestés, sur la foi de données établissant une influence du langage sur des tâches présumées non linguistiques. Nous aurons ici à expliciter les engagements théoriques des protagonistes et à apprécier la légitimité de leurs conclusions.
Enfin, si les primitives sémantiques appartiennent à une strate de représentations distincte de la langue naturelle, il importe de savoir comment s'opère le passage de ces représentations sémantiques aux formes de surface. Ce point constituera notre second thème de recherche.
Plusieurs orientations sont donc envisagées pour ces investigations : linguistique, lexicographie et politique linguistique, formalisation et traitement automatique des primitives sémantiques et des réseaux sémantiques, statut épistémologique des aspects cognitifs.
(Responsable : Danielle Candel)
Le corpus d'étude sera d'abord constitué des écrits de Eugen Wüster (1898-1977), principal représentant de la " terminologie moderne " dans le cadre de " l'Ecole de Vienne ". Il est l'auteur, en 1932, de Internationale Sprachnormung in der Technik besonders in der Elektrotechnik et, en 1976, de La théorie générale de la terminologie [ ]. Une des premières grandes dates de la terminologie est sans doute 1906, année de création de la Commission électrotechnique internationale, dont les travaux et les positions linguistiques sont d'une importance fondamentale pour les normes ISO d'aujourd'hui - mais aussi pour la normalisation des termes.
On s'attachera surtout à étudier les différentes réactions qui ont succédé à ces prises de position chez des théoriciens et/ou des praticiens de la terminologie. Les textes et les arguments de différentes écoles seront donc analysés (on verra par exemple, sur ces problèmes, Helmut Felber et Juan Carlos Sager).
1. Des ouvrages terminologiques (terminologies, produits lexicographiques spécialisés, éléments terminologiques des dictionnaires généraux) sont analysés dans l'optique d'une comparaison entre les options théoriques collectées et les usages pratiques enregistrés.
2. On propose l'exploitation d'un matériau d'observations et de témoignages récents collecté dans plusieurs domaines de spécialité et qui résulte, pour beaucoup, de l'activité d'expertise linguistique auprès des commissions de terminologie et de néologie. Plusieurs publications, études de cas, sont ainsi prévues.
3. L'analyse des pratiques terminologiques permet d'appréhender quelques processus tels la représentation des connaissances, ou le transfert de savoirs (conceptuels ou terminologiques) plus ou moins stables. Le recours au métalangage étant couramment perceptible dans la dynamique définitoire des spécialistes, on aura la possibilité de démontrer que ces locuteurs ou auteurs opèrent des choix linguistiques théoriques non négligeables pour le processus d'évolution de la langue. La conscience linguistique en néologie terminologique, chez les acteurs de la terminologie, méritera elle aussi d'être prise en compte. Les pratiques définitoires des scientifiques ont été étudiées avec P. Marchaudon et V. Tolédano à partir d'un vaste corpus, dans une étude qui sera soumise à publication.
Il s'agit de termes importants utilisés en linguistique lorsqu'on se réfère à la terminologie, tels " terme ", " mot ", " concept ", " notion ", " référent ", " référé ", " signification ", " désignation ". Par ailleurs, un dictionnaire terminologique (Vocabulaire du dictionnaire) est en projet (avec M. Cormier).
La recherche aura pour but une étude diachronique des " prescriptions en langue ", telles que les recommandations émanant de cadres officiels, institutionnels, gouvernementaux, depuis les premiers témoignages repérables jusqu'à nos jours, ainsi que des réactions observées.
Il s'agira de l'analyse des normes linguistiques aussi bien que de celle des comportements effectifs des usagers de la langue.
Si le tout s'inscrit dans le cadre des variations en langue et en pratiques langagières, on cherchera, à travers ce parcours historique, à montrer quand, comment et pourquoi des instances officielles prétendent intervenir sur la langue. On souhaite repérer les interactions entre éléments de théories linguistiques, prescriptions normatives et développements effectifs de la langue et à évaluer le rôle que les prescriptions peuvent être amenées à jouer effectivement auprès des usagers de la langue et, le cas échéant, les raisons d'une telle influence. Grâce à l'ampleur historique de l'étude, on cherchera finalement à statuer sur l'influence que les autorités peuvent avoir sur le " système de la langue " lui-même.Collaboration internationale :
Le projet s'inscrit dans le programme en cours de développement dans le cadre de l'Accord bilatéral CNRS - Université d'Illinois à Urbana-Champaign : programme " Histoire des prescriptions en langue ". Ce programme propose plus particulièrement une base de données informatisée diachronique (D. Kibbee), sur les pratiques et usages prescriptifs, à partir de laquelle pourront être organisées les recherches sur les tenants et les aboutissants des attitudes et actions prescriptives, et sur leurs résultats en langue. L'étude porte prioritairement sur le français. Il est néanmoins envisagé de rassembler les actions et les résultats des actions de politique linguistique menées dans d'autres pays, sur d'autres idiomes. Ainsi par exemple Sylvie Archaimbault propose d'une part une étude de la normalisation et des prescriptions en matière de phonétique et d'intonation en russe, relative au manuel d'Avanesov en URSS, dont la forte fonction prescriptive s'est brusquement affaissée à la chute du mur de Berlin, et d'autre part une analyse de la réforme de l'orthographe en Russie, soumise aux aléas des débats politiques. L'établissement de grilles d'analyse faisant le point sur les actions actuelles et leur récent passé dans divers pays, aussi bien que sur l'absence éventuelle d'action, est envisagé, pour la langue générale comme pour les domaines de spécialité. Un panorama de la prescription terminologique officielle et de son histoire est à dresser pour différents pays et idiomes (D. Candel, en collaboration). Béatrice Godart-Wendling souhaite, quant à elle, traiter des " prescriptions linguistiques dans les grammaires formelles catégorielles " (analyse des formalismes catégoriels récents, qui utilisent les prescriptions comme garde-fous ; répercussion des prescriptions sur l'élaboration des théories grammaticales).
A partir de dénominations de disciplines recouvrant des savoirs spécialisés, on s'interrogera sur leur mode d'organisation. L'analyse de la circulation des dénominations, de leurs reformulations et de leurs définitions permet de repérer des éléments d'instabilité et de stabilité dans les savoirs et des variations dans les classifications.
Après avoir étudié les modes d'introduction de dénominations nouvelles dans les dictionnaires et terminologies, on analysera :(a) la circulation de ces nouvelles dénominations et de leurs définitions,
(b) les reformulations de dénominations et définitions, ces reformulations reflétant les types de connaissances acquises ou transmises, transférées ;
(c) le rôle et la fluctuation des marques de domaines dans ces répertoires de mots, en tant que repères permettant de " situer " les connaissances et les pratiques langagières ou terminologiques.On étudiera le terme " sciences du langage " en tant que dénomination d'une discipline, en France et dans l'histoire contemporaine. Il est intéressant de rechercher ce que cette dénomination regroupe, quels sous-groupes de disciplines, quels sous-ensembles de domaines, quels sous-domaines. La resituer parmi les autres noms de disciplines, ou à leurs côtés, renseigne sur sa vraie place (par exemple " sociolinguistique " ou " psycholinguistique " par rapport à " sciences du langage " et " linguistique "). Ce nom de domaine et ces regroupements seront étudiés dans les textes des institutions qui les utilisent et les mettent en uvre, notamment le CNRS, l'université, et le(s) ministère(s), entraînant autant de divisions et de constructions différentes, et relevant d'une hiérarchie et d'une organisation en systèmes parfois connexes mais souvent distincts. La période envisagée dans un premier temps pour cette étude correspond à l'époque contemporaine, avec comme point de départ la création du CNRS en 1939.
(Responsable : Jacqueline Léon)
Le point d'ancrage principal de ces recherches est l'automatisation du langage entreprise au début des années 1950 avec l'apparition des premières calculatrices électroniques. Les questions abordées se concentrent sur l'impact de l'automatisation sur les sciences du langage et sur les enjeux spécifiques du traitement automatique des langues. Enfin ces recherches ont pour point commun leur dimension comparative, en explorant, chaque fois que c'est envisageable et/ou réalisable, les traditions américaine, russe, anglaise et française.
1. Un premier axe de recherche est centré sur les relations entre linguistique et modèles statistiques.
2. Un second axe de recherche est consacré à la reprise des modèles de langues universelles dans des méthodes de langues intermédiaires et à la formalisation des premiers réseaux sémantiques en traitement automatique des langues.
3. Dans une perspective d'étude des classifications des savoirs, on s'intéressera aux dénominations des " sciences du langage " et du terme même de sciences du langage dans les institutions françaises pour la période de 1939 à nos jours.
4. Enfin, cette recherche présente un volet documentaire de constitution d'un fonds d'archives et de documentation d'histoire de la traduction automatique et du traitement automatique des langues.
Les méthodes probabilistes appliquées sur de " grands corpus " ont connu un regain d'intérêt au début des années 1990 grâce à la mise à disposition et à la possibilité de traitement de très gros volumes de données textuelles, et grâce à certains développements technologiques récents du TAL.
En fait, derrière la dénomination actuelle de " linguistique de corpus ", on rencontre des axes de recherche divers et des conceptions très différentes de la notion de corpus et de l'utilisation des méthodes statistiques. Utilisées comme de simples outils statistiques dans l'étude de corpus au service de disciplines fondées sur l'étude de l'archive et du texte, comme l'histoire, ces méthodes sont parfois requises pour fonder des projets beaucoup plus ambitieux de refondation des science du langage.
Les différentes conceptions ont leur source dans les années 1940-50, dans la tradition structuraliste américaine, dans les diverses interprétations de la théorie mathématique de la communication de Shannon, enfin dans certaines options d'expérimentation en traduction automatique. Les tenant actuels de la " linguistique de corpus ", " méthodes statistiques ", " méthodes probabilistes " ou autres " statistical natural language processing " légitiment leur approche comme domaine autonome des sciences du langage, et non comme simple domaine d'applications de méthodologies statistiques, en multipliant des arguments d'origine et de statut très hétérogènes.En s'appuyant sur un "corpus" d'ouvrages et d'articles considérés par les acteurs du domaine comme fondateurs ou centraux pour le domaine, on considérera les points suivants :
- il conviendra de dégager ces différentes filiations et de les articuler avec les positions qui ont été prises sur la notion de corpus.
- on reconsidèrera les critiques du modèle chomskyen en tentant d'évaluer les solutions apportées par le modèle statistique.
- Les auteurs revendiquent souvent que leur approche permet de découvrir de nouveaux faits en linguistique dont le modèle formel ne peut ni découvrir ni rendre compte. On s'interrogera alors sur le statut de fait linguistique ainsi élaboré et sur la conception particulière du rapport à l'empirie qu'elle constitue.
- Outre les avancées technologiques indéniables revendiquées par les modèles probabilistes pour le traitement automatique des langues, on s'interrogera sur les propriétés spécifiques des langues ou du langage dont ces modèles postulent l'existence, telles que les propriétés computationnelles du langage, et en particulier l'accent mis sur le " processing " ou la " computation " versus les règles de grammaire et les connaissances linguistiques.
Depuis plusieurs années, les recherches ci-dessus sont menées parallèlement avec la constitution d'un fonds d'archives et de documentation sur l'histoire de la TA et du TAL. Ce fonds doit, à terme, être localisé et consultable à la bibliothèque de l'ENS Lettres et Sciences Humaines à Lyon. La moitié des documents est actuellement située à Paris, dans les locaux de l'UMR7597. L'autre moitié est située à Lyon, dans la bibliothèque de l'ENS.
(Responsable : Béatrice Godart-Wendling)
Durant les années 2005-2008, B. Godart-Wendling se propose de rédiger deux ouvrages portant sur l'histoire et la méthodologie des grammaires catégorielles. Conçus de façon à être complémentaires, ces deux livres devraient constituer pour les linguistes, les informaticiens et les étudiants de ces deux disciplines des ouvrages de référence permettant une compréhension de la dimension logico-mathématique des grammaires catégorielles et des aspects épistémologiques qui sous-tendent cette perspective.
Ainsi, le premier ouvrage présentera de façon diachronique une sélection de textes qui ont eu un rôle fondateur dans l'élaboration du paradigme catégoriel. Les textes qui constitueront ce livre seront traduits en français. Couvrant la période allant de 1935 (date de la parution de la première grammaire catégorielle) à nos jours, les lecteurs auront ainsi la possibilité d'appréhender l'émergence du formalisme catégoriel ainsi que son évolution et ses changements d'emprunts à la logique et aux mathématiques.
Etant donné la difficulté du formalisme logico-mathématique auquel recourent les grammaires catégorielles et la richesse philosophique qui sous-tend leur approche, le second ouvrage présentera une analyse critique de ces deux dimensions à partir d'exemples linguistiques significatifs dont l'examen se révélait problématique, ou particulièrement révélateur de l'intérêt de l'approche catégorielle. Ce livre dégagera donc les emprunts de concepts et de modes de raisonnement propres à la logique et aux mathématiques et mettra en évidence leur éventuelle modification de définition et de champ d'application lorsque ceux-ci sont utilisés dans le domaine de la linguistique.
Dans le cadre du programme d'échange "Histoire des prescriptions en langue", B. Godart-Wendling a proposé un thème de recherche intitulé "Les prescriptions linguistiques dans les grammaires formelles catégorielles".
Cette partie du programme portera sur les prescriptions linguistiques émanant des syntacticiens qui élaborent des grammaires formelles. Il s'agit donc de prescriptions intervenant à l'intérieur même de la présentation des grammaires et qui ont une quadruple visée méthodologique : - contrôler la trop grande capacité expressive des grammaires formelles ; - contraindre ces grammaires à avoir une certaine plausibilité psychologique ; - déterminer la forme même de la grammaire ; - s'assurer du pouvoir descriptif universel du formalisme grammatical.
- Prescriptions portant sur la capacité expressive des grammaires
- Prescriptions visant à s'assurer de la plausibilité psychologique de la grammaire
- Prescriptions sur la forme et la place de la grammaire
- Prescriptions rappelant la nécessité de définir une grammaire à portée universelle
Cette étude privilégiera l'analyse des formalismes catégoriels récents puisque ceux-ci utilisent les prescriptions comme des garde-fous. Cette recherche tentera alors de mettre en évidence les répercussions que les prescriptions ont sur l'élaboration des théories grammaticales tout en soulignant que celles-ci obligent à répondre à des questions relatives au fonctionnement de l'esprit humain et à la pertinence de recourir à un calcul formel pour rendre compte des langues naturelles.
(Responsable : Jean-Michel Fortis)
La caractéristique fondamentale des théories d'inspiration cognitive est de rabattre le signifié sur le concept. Lorsqu'elles prennent pour objet la description des expressions spécifiant des relations spatiales, ces théories tendent en outre à attribuer la plus grande importance à des conditions d'emploi qui renvoient à des traits spatiaux, dynamiques (interactions des forces), fonctionnels des entités désignées (traits que nous qualifierons d'objectivables). Notre critique de l'approche cognitive s'articule selon trois axes :
1. En montrant que la spécification des relations spatiales exploite, outre des morphèmes à interprétation spatiale, un vaste ensemble de ressources qui ne relèvent pas de l'expression de l'espace, nous voulons souligner que l'espace n'est pas un domaine nettement circonscrit au sein des langues.
2. En outre, comme les traits objectivables sont assez spécifiques, de nombreux auteurs qui les adoptent se heurtent au problème de la description des emplois temporels, " figurés " etc. des morphèmes spatiaux, bref, à la question de la polysémie.
3. Enfin, afin de critiquer les théories qui fondent les modes d'expression des relations spatiales sur un module cognitif de traitement de ces relations, nous mettons en exergue des stratégies " exotiques " de codage des relations spatiales qui ne répondent pas au postulat de ces théories, c'est-à-dire à l'idée que les relations spatiales sont exprimées par des morphèmes dont l'apport sémantique consiste en la spécification de ces relations.
Nous participons par ailleurs, aux côtés de Colette Grinevald (du laboratoire Dynamique du Langage de Lyon) à un projet de typologie des modes d'expression de la trajectoire.
Voir le numéro XXVI/1 de la revue Histoire Epistémologie Langage consacré à ce thème et intitulé Langue et espace : retours sur l'approche cognitive
Nous avons observé la confluence récente de l'approche typologique et de certaines hypothèses formulées en termes cognitifs. Plus généralement, le regain d'intérêt dont jouit actuellement la thèse du relativisme whorfien s'accompagne d'un rapprochement entre la typologie linguistique et l'approche cognitive des faits de langue. Ainsi s'élabore progressivement une problématique globale sur des questions qui ressortissent à la description typologique, à la linguistique cognitive, et à la psychologie du langage.
Nous nous proposons d'explorer ces nouvelles convergences sur un point précis, la distinction nom/verbe. Il s'agira de confronter les perspectives de trois disciplines (la linguistique cognitive, la typologie linguistique, la neurolinguistique). Chaque approche nous aidera à percevoir ce qu'il y a de partiel ou de partial dans une autre. Notre objectif est essentiellement d'expliciter les positions des protagonistes et de montrer les difficultés auxquelles elles sont exposées.
Depuis les origines des sciences cognitives, les disciplines concernées ont toutes débattu de la question de savoir dans quelle mesure certains biais cognitifs donnent forme à des structures linguistiques et déterminent ce qui est pensable dans la langue. Ce thème a pris diverses figures, selon le champ disciplinaire où il venait s'incarner.
nous avons assisté ces dernières années à un retour de l'hypothèse communément désignée " hypothèse de Sapir - Whorf ". Cette hypothèse est aujourd'hui à nouveau discutée, en philosophie, en psychologie, en linguistique, et dans des travaux interdisciplinaires. L'actualité renouvelée de la question est l'un des motifs qui ont justifié ce projet.
Notre tâche consistera donc à décrire l'évolution des idées sur la question des rapports entre langue et cognition depuis l'émergence des sciences cognitives, sans exclure toutefois de sonder l'histoire jusqu'à des périodes antérieures à ce qu'on a pu appeler la révolution cognitive. Il nous incombera de séparer clairement les différentes versions de la thèse d'une dépendance de la cognition sur le langage, et, celle, inverse, d'un soubassement cognitif de la langue.
Cette recherche pourra donner lieu également à l'organisation d'un colloque (qui porterait sur les relations entre les sciences de la culture et les sciences de la cognition depuis la constitution des sciences cognitives, thème d'un ouvrage collectif).
Nous espérons aussi qu'elle fournisse des éléments d'histoire des linguistiques d'inspiration cognitive au XXe siècle.